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Histoire des Grandes Personnes

Naissance de l’association
En 1998 Jean Martin et Christophe Evette se retrouvent sur le chantier de la Carnavalcade de Banlieues Bleues où ils ont été embauchés comme constructeur et sculpteur. Pour cette grande parade dont le chantier est dirigé par Bernard Souroque, Jacques Pornon et Martin Meppiel, ils mettent au point six très grandes marionnettes à tige de près de six mètres, d’après des dessins de Mokeït. Les structures sont en bambous, les têtes en papier mâché, les mains en bouteilles de plastique recyclées, les marionnettes sont portées sur harnais. Mais les bambous supportent mal les changements d’hygrométrie, ils finissent par fendre et casser. La parade s’annonce longue et les marionnettes sont finalement montées sur roulettes, Tirésias Mercier reproduit en acier les structures de bambou, Mandarine Jacquet-Gregg, Babette Martin et Freddy Le Gall s’occupent des costumes. En juin les marionnettes sont prêtes, Olivier Hagenloch vient aider au montage, il sera avec Gilles Candela, Yves Cohen, Yossi Derhy, Martin Martín et Marc Andrieux, un des premiers manipulateurs.
La Carnavalcade est un grand moment et le plaisir rencontré ainsi que les nombreuses possibilités d’invention donnent à l’équipe envie de continuer, Stéphane Meppiel et Clodmo Baille rejoignent Christophe, Olivier, Babette et Jean, l’association les Grandes Personnes est créée fin 1998, les statuts sont déposés début 1999. D’emblée, le groupe monte des chantiers participatifs et expérimente des techniques de création collective. Il joue également un rôle moteur dans la création de la Villa Mais d’Ici, à Aubervilliers.

Au pays des hommes intègres
En 2000 l’équipe souhaite créer un spectacle au Burkina, Christophe Evette a travaillé là-bas et a communiqué son admiration pour le pays. La scénographe Fleur Marie Fuentes est du voyage. Le gros de l’équipe part en voiture via l’Algérie. Le projet est accueilli par Bomavé Konaté dans son Parc international des arts modernes et traditionnels (PIAMET), à Boromo. Soudeurs, forgerons, sculpteurs, musiciens et couturiers rejoignent les Français. Un petit groupe de géants est construit c’est la famille Chapalo.
. Les marionnettes sont très grandes, construites avec des éléments de récupération, mais aussi des paniers et des calebasses, trois vanniers travaillent d’arrache-pied. Après quelques représentations, l’équipe rentre en France, les marionnettes restent au PIAMET, elles sont trop grandes pour voyager loin. Deux mois plus tard une lettre avec des photos arrive à Aubervilliers, les marionnettes sont ressorties, elles continuent à vivre.
Suivront la grande parade Le Fleuve (2003) et le spectacle avec chœurs de masques Une grande famille (2005). C’est le moment où se constitue pleinement la compagnie les Grandes Personnes d’Afrique, marionnettes de Boromo, avec laquelle le collectif d’Aubervilliers conserve des liens étroits.


De Maubeuge au Chili

À la suite des trois créations au Burkina-Faso, les Grandes Personnes développent le principe de résidences où l’on laisse les marionnettes aux gens qui ont participé à leur fabrication et leur mise en jeu. À ce jour, c’est plus d’une vingtaine d’associations qui font vivre des géants aux quatre coins de la planète. Sans cesser de participer aux grands projets collectifs, Stéphane Meppiel et Olivier Hagenloch, qui veulent vivre dans le Sud, quittent les Grandes Personnes pour monter leur propre compagnie, l’un les Géants du Sud (2004) à Sauve, et l’autre le Caramantran (2005) à Aurel. En 2005 et 2006, répondant à l’invitation du théâtre du Manège, les Grandes Personnes effectuent deux résidences à Maubeuge, à l’occasion du festival des Folies. La création d’À la Corde (2007) avec l’écrivain Jean-Baptiste Evette est l’occasion d’une première expérimentation avec le texte, mais aussi avec des objets plus petits : le spectacle fait circuler parmi les spectateurs soixante-dix sculptures manipulables.
En 2008, l’entre-sort On a faim-Le Banquet des Géants place littéralement les spectateurs dans les assiettes d’une famille de géants. Puis viennent le Chili et l’ambitieux programme culturel de la présidente Michelle Bachelet Creando Chile en mi barrio destiné aux cent quartiers les plus pauvres du pays. Le collectif travaille avec sept quartiers en 2008, 2009 et 2010, et plusieurs compagnies se créent là-bas, dont certaines sont toujours en activité.

L’Afrique du Sud et les Ancêtres
À partir de 2008 aussi, une intervention à Soweto de Fleur Marie Fuentes et la rencontre avec Laurent Clavel, alors directeur de l’Institut français d’Afrique du Sud (IFAS), rendront possible une série de chantiers en Afrique du Sud, d’abord à Orange Farm, puis en 2010 à Johannesburg avec le spectacle de marionnettes géantes Giant Match-Meet my In-Laws et enfin Ancestors in Grahmastown, en 2012. Cette réflexion collective sur la diversité de nos origines et sur les aléas de la mémoire, racontée avec des statuettes, constituera le modèle des spectacles collaboratifs Ancêtres créés par la suite à Aubervilliers (2013), Bagneux (2015) ou Nanterre (2016), qui apportent chacun leur part à un tableau d’ensemble.

Grenouilles et théâtre
La Grenouille à tapirer, montée et jouée au théâtre Romain-Rolland de Villejuif et dans les espaces qui l’entourent en 2012 marque une nouvelle étape dans le travail théâtral. C’est aussi le cas du cycle « En-Jeu », consacré aux conquêtes sociales du XXe siècle, inauguré avec La Ligne jaune (2012), texte réalisé à partir d’entretiens avec des ouvriers de Renault Cléon, joué par une actrice et des santons de terre cuite, et poursuivi avec les sculptures textiles de La Bascule (2014), qui raconte l’abolition de la peine de mort et les années qui l’ont précédée. La conteuse haïtienne Mimi Barthélémy, l’écrivain Patrick Chamoiseau ont aussi nourri la pratique et l’imagination des Grandes Personnes. Entre-temps, en 2013, la création des Allebrilles, marionnettes lumineuses géantes pour la fête des Lumières de Lyon, se signale par une esthétique plus abstraite. 2014 voit la création du spectacle d’objets franco-burkinabè Bona Kele, sur la révolte des peuples de la boucle du Mouhoun en 1915-1916.

Décor urbain et utopie

Les Grandes Personnes avaient déjà expérimenté l’intervention urbaine à grande échelle avec les Thérantrophes à Nanterre, en 2010. Grands Papiers, en 2015-2016, réalise des affichages collectifs, basés sur le principe du collage. La thématique utopiste de ces moments de street-art se retrouve aussi dans le spectacle de rue À demain, actuellement en chantier, qui colporte des futurs optimistes dans des boîtes portées par des acteurs.